le cri de Rodin pour illustrer l'article PCPL dédié au supplice de Robert Francois Damiens

28 Mars 1757 : La « Rude Journée » de R.F Damiens, Régicide

 

5 Janvier 1757, la cour, en effectif réduit et installée au Grand Trianon durant l’hiver particulièrement froid (c’est que c’est pas facile à chauffer un grand château comme Versailles !) attend le Roi pour tirer les rois.
En effet, avant de se plier à la tradition, Louis XV a souhaité rendre visite à sa fille, Madame Victoire, restée alitée au château.

C’est donc tout bien emmitouflé que le Roi quitte le grand château et s’apprète à remonter dans sa voiture pour aller manger un bout de galette quand, tout à coup, surgissant de la foule amassée, un homme armé d’un canif tente d’en finir avec sa royale personne.

Succès de l’opération : Mitigé.

D’abord les 8cm de la lame de l’opinel du forcené n’ont fait qu’effleurer la couenne du roi – qui convaincu d’être mourant gardera quand même la chambre une dizaine de jours et demandera l’extrême onction.
Ensuite, ledit forcené est immédiatement intercepté sans le moindre espoir de s’en sortir.

portrait de robert francois damiens ecartelé le 28 mars 1757 en place de greve pour regicideL’homme a 42 ans, est grand, mince, les cheveux bruns, le visage marqué de petite vérole et répond au nom de Robert-François Damiens.
Afin de lui faire avouer un éventuel complot de plus grande envergure et/ou le nom de ses complices, Damiens est soumis sans tarder à la question.
Pourtant, les pieds maintenus par des tenailles en métal rougi, il assure avoir agit seul, de sa propre initiative.

. Alors qui es-tu Damiens et comment en arrives-tu là ?

A priori, rien ne semblait destiner le petit Robert-François au titre impopulaire de Régicide.

Il a mené une enfance « banale » dans le Ch’nord, un peu livré à lui même entre parents absents (papa travaille, maman est morte) et trop grande fratrie (10 gamins dont Damiens est le 8ème) et s’est marié avec une chouette p’tite donzelle a qui il a fait deux enfants dont seul une fille survivra.

La raison est plutôt à chercher du côté de ses emplois successifs au service de membres du parlement de Paris, tels que le comte de la Bourdonnais.
Pas etonnant qu’au contact de tels anti-royalistes, Damiens se soit forgé la conviction que le roi c’est le mal et que la méthode la plus efficace pour en finir serait sans doute d’arracher ledit mal à la racine.
Et comme personne ne semblait vouloir s’en charger…

Dans un souci d’exactitude, il m’incombe d’évoquer ici une autre hypothèse, peu répandue mais tout de même, selon laquelle Damiens aurait voulu zigouiller Louis XV après que celui-ci, notoirement porté sur la chose et la chair fraiche, ai fait des guili-guili à sa fille…
(Aucune des deux hypothèses n’est formellement avérée alors je vous laisse choisir celle que vous préférez et je continue.)

préambule de Louis XV concernant le procès de Robert François Damiens pour l'article pcpl Après son p’tit coup de poignard, Damiens reste donc 10 jours en détention à Versailles.
10 jours durant lesquels le roi lui accorde son pardon.

Mais le bonhomme reste aux fers car étant question de (tentative de) Régicide, la sentence n’est pas du ressort de Louis XV.
Alors, devant l’insistance du dauphin entre-autre, Louis XV accepte que le Parlement de Paris traite le dossier et ordonne la création d’une cellule secrète en charge de l’instruction.

Dans la nuit du 17 au 18 Janvier, Damiens est donc transféré à La Conciergerie et « installé » dans la cellule qu’avait, ironie du sort, occupé Ravaillac, autre régicide tristement célèbre.

Au cas où vienne à Damiens l’idée de s’enfuir (…), on prend quelques mesures : l’homme est littéralement harnaché à un lit de fer sans possibilité de mouvements; les sangles de cuir étant ancrées au sol.
gravure d'époque représentant Damiens attaché à son lit de fer devant ses juges lors des auditions préliminaires de son procèsEt c’est dans cette position, allongé et arnaché que Damiens répondra à toutes les questions de l’instruction préliminaire qui dure quand même un bon mois puisque le procès ne s’ouvre véritablement le 12 Février 1757.

Le 26 Mars, après des dizaines d’audiences annexes, Damiens est enfin présenté à son procès dans un simulacre de justice.
D’abord, il n’a jamais nié, ensuite, les questions posées sont toutes formulées de façon à ce qu’il ne puisse répondre que par oui ou par non, sans vraiment pouvoir argumenter.

Évidemment, en fin de journée, Robert François Damiens est condamné à l’unanimité pour Régicide à faire « amende honorable devant la porte principale de l’Eglise de Paris, […] en chemise et tenant une torche de cire ardente du poids de deux livres » avant d’être exécuté en place de Grève.

« à la place de Grève, et sur un échafaud qui y sera dressé, tenaillé aux mamelles, bras, cuisses et gras des jambes, sa main droite tenant en icelle le couteau dont il a commis le dit régicide, brûlée au feu de soufre, et sur les endroits où il sera tenaillé, jeté du plomb fondu, de l’huile bouillante, de la poix résine brûlante, de la cire et soufre fondus et ensuite son corps tiré et démembré à quatre chevaux et ses membres et corps consumés au feu, réduits en cendres et ses cendres jetées au vent »

En apprenant la cruauté de cette sentence, Louis XV rappela quand même encore une fois qu’il avait, en son nom, pardonné l’acte de Damiens et essaya d’obtenir que le condamné fut étranglé avant de subir l’écartèlement. Mais sans grand succès.

Quand il est question d’attentat à la vie du Roi, le Roi n’a pas son mot à dire… que voulez vous, c’est comme ça !

Damiens, quand à lui, à l’énoncé de sa sentence, aurait eu cette phrase restée célèbre : « la journée sera rude ».

Et Bon Dieu qu’elle le fût !

. La Rude Journée :

2 jours après la fin de son procès, le 28 Mars 1757, Le Régicide est donc conduit à Notre Dame puis en place de Grève devant une foule immense venue assister au « spectacle » … mais pas uniquement.
Le roi n’est pas en odeur de sainteté et beaucoup de la populace « soutient » Damiens.

Pour l’anecdote, il se raconte que les bourreaux eurent les plus grandes difficultés à se pourvoir en souffre et en plomb, les marchands locaux refusant de leur vendre la marchandise.

Qu’à cela ne tienne, on fit intervenir les forces de l’ordre et la grande et longue torture put avoir lieu conformément à l’énoncé du verdict du procès.

1) La main brûlée :
A l’aide de chaines en métal, on attacha dans la main droite de Damiens, le canif dont il s’était servi pour attenter à la vie du Roi puis on mis sa main au dessus d’un réchaud de souffre enflammé.
Malgré la faiblesse du feu, le cri que poussa Damiens aurait réussi à recouvrir tous les bruits de la foule et à « émouvoir » le bourreau Samson qui, incapable d’exécuter le reste de la sentence, en confia la charge à André Legris contre une forte somme d’argent.

2) Les tenailles
C’est donc un Legris nouvellement blindé de thunes qui prit des tenailles d’acier longues d’un pied et demi et commença à découper Damiens au gras des jambes, puis au gras des bras, aux cuisses et à la poitrine.

L’exempt Bouton, en charge du procès-verbal de l’événement, donne force détails sur cette partie :

« Cet exécuteur, quoique très robuste, a eu beaucoup de peine à arracher les morceaux de chair qu’il prenait dans ses pinces. Cela était si dur à arracher qu’il était obligé de tourner ses pinces deux ou trois fois du même côté ; et ce qu’il emportait formait à chaque partie une plaie de la grandeur d’un écu de six livres. »

3) Le plomb fondu :
Une fois les entailles faites, Legris y versa abondamment du plomb fondu mélangé à de l’huile, de la cire et de la poix de résine, exceptées dans celles de la poitrine car il ne fallait surtout pas que le coeur du supplicié lâche trop tôt. (faut pas se gâcher le spectacle… c’est sûr)

Rendu délirant et fou de douleur par ces sévices qui duraient déjà depuis 45 minutes, Damiens exhortait pourtant son bourreau à continuer dès que sa cuillère d’enfer fondu était vide !

4) L’écartèlement et le démembrement :
Quatres chevaux, jeunes, vigoureux, fraichement achetés de la veille et bien énervés furent enfin attachés aux membres de Damiens tandis que le tronc restait attaché à l’échafaud.

Mais c’est seulement après de longues minutes d’écartèlement que Damiens fut « dépecé ».
De prime abord, ça a l’air barbare mais c’est au contraire une « faveur » faite au supplicié (faveur que les juges présents en place de Grève refusèrent longtemps à Damiens) : il s’agissait en effet de couper les tendons des articulations afin d’en faciliter l’arrachage.

Les membres inférieurs d’abord furent tailladés et c’est seulement une fois les cuisses désolidarisées du corps que les bourreaux passèrent aux membres supérieurs.

Quand, enfin, le bras gauche (dernier membre encore solidaire) fut déboité, le soir commençait à tomber sur la Place de Grèvre : le supplice durait depuis près de 2h !
Pourtant, selon le récit de Bouton, Le tronc-Damiens vivait toujours à cet instant là.

Les restes du Régicide-au-Canif furent brulés sur un petit bucher prévu à cette occasion, toujours sur la place de grève et toujours selon l’ordonnance judiciaire afin que les cendres puissent être « jetées au vent ».

Mais cette « Rude Journée » ne pouvait pas se terminer si facilement.
Bois humide, mauvaise conditions météo, pa assez de paille… on ne sait trop. Toujours est-il qu’il fallu près de 4h pour que les restes de Damiens deviennent vraiment poussière comme le note Bouton :

« Ces pièces de chair et ce tronc ont été quatre heures environ à brûler. Le dernier morceau trouvé dans les braises n’a fini d’être consumé qu’à dix heures et demie et plus du soir. Les officiers, au nombre desquels j’étais, ainsi que mon fils, et plusieurs détachements d’archers, sommes demeurés sur la place, jusqu’à onze heures. »

Après une journée pareille, pas étonnant que Legris, l’homme qui pris la place de Samson, fut retrouvé complètement ivre mort au pied de l’échafaud bien des heures après la fin des « réjouissances ».

 

 

Sources : BNF – « Pieces originales et procédures du procès fait à Robert-François Damiens », A.A Le Breton 1757 – Web divers

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