Contraception : le meilleur du pire à travers les âges

photo de pieds d'une famille, papa, maman, bébé, pour illustrer l'article PCPL dédié à la contraception dans l'histoire

Faire des bébés c’est chouette.

Enfin surtout pour les hommes.
Parce que nous les femmes, au delà de la partie de jambes en l’air sympa, quand on se retrouve enceinte c’est un peu le début de la galère.

Les nausées, les aigreurs d’estomacs, les kilos, la rétention d’eau, les jambes lourdes, les bouffées de chaleur, les pauses pipi toutes les 3min…
La grossesse c’est loin d’être une sinécure (vous sentez bien là que je fais partie de celles qui n’ont pas forcément aimé être enceinte ? ^^)

Et je ne vous parle même pas de l’accouchement, des contractions, de l’épisiotomie, de la position super glamour « mettez les pieds dans les étriers madame » !

Sans compter qu’une fois qu’ils sont là les p’tits bouts bah… faut les élever !
Alors je reconnais volontiers qu’aujourd’hui les hommes sont bien plus investis dans l’éducation des mininous, mais ça n’a pas toujours été le cas.
Pendant des siècles : c’était quand même nous, les nanas, qui nous y collions !

Fort de ces observations, rien d’étonnant donc à constater que de tout temps, on a essayé par tous les moyens de garder les avantages (les galipettes) sans les inconvénients (tout ce que je viens de citer plus haut).

On trouve trace de méthodes (prétendument) contraceptives dès l’antiquité, un peu partout dans le monde :
Le célèbre « Serment d’Hippocrate » fait déjà mention de pessaires (sorte d’ancêtre du diaphragme) mais il semble que les premiers à avoir utilisé des dispositifs intra-utérins soient les marchands arabes qui souhaitaient contrôler les naissances… de leurs chamelles !
(pour lire le serment d’Hippocrate, clique sur le bouton !)

Pour les humains, ce sont évidemment majoritairement les femmes qui s’y sont collées mais parfois, les hommes ont payé de leur personne et on les en remercie.

Notons également une évolution significatives des méthodes au fur et à mesure que la science et la médecine se développent : plus on s’y connait, moins c’est drôle, mais y’a quand même de quoi se marrer quand on regarde un peu dans le passé.

Alors…
Petit florilège non exhaustif du meilleur du pire des méthodes de contraception à travers les âges.

(Nota Bene : La direction décline toute responsabilité en cas de tentatives malencontreuse d’une quelconque méthode de contraception exposée ci dessous – Seule la responsabilité du testeur (de la testeuse) saurait être engagée. Merci de votre compréhension. ^^)

 


L’antiquité :
« Bio c’est Mieux »

En ces temps fort fort lointains, la vie est réglée sur Mère Nature et les Dieux.
La médecine ne fait pas exception à la règle : on se débrouille avec ce qui pousse à droite à gauche, on fait des mélanges etc…

Pour vous mesdames, trois méthodes s’opposent, voire se complètent :

1 ) On avale :

    – un mélange d’eau et de plomb (bien sur…)
    – une décoction d’urine d’eunuque (ne me demandez pas pourquoi)
    – des têtards vivants au printemps.. mais ça, ce n’est valable que si vous habitez en Chine apparemment.

2) On bouche :

    pessaire antique romain en bronze pour illustrer l'article PCPL dédié à la contraception dans l'histoire– avec une petit éponge imbibée de vinaigre (Chérie, ça sent la salade de tomates c’est normal ?)
    – avec une petite pâte maison faite à base d’excréments fermentés de crocodile ou d’éléphant mélangés à du miel et du levain.
    – avec de jolies boules de cuivre : certaines de ces boules ont été retrouvées dans l’utérus de momies féminines égyptiennes. (pour info, le cuivre est spermicide: on l’utilise aujourd’hui encore pour la fabrication des stérilets… Z’étaient forts ces égyptiens quand même !)
    – avec des tampons spermicides longue durée dont on trouve la recette précise dans le « Papyrus d’Ebers » (1500 av JC) avec force conseils pour « moudre finement » des fruits d’acacia et des dattes avec un peu de miel et comment en imbiber un coton à placer ensuite dans son vagin afin « d’obtenir qu’une femme cesse de concevoir pendant une, deux ou trois années ».

3) On porte des breloques décoratives pendant l’acte et on prie très fort :

    Technique Pline l’Ancien : extraire 2 petites pattes d’araignée à grosse tête et se les attacher dans un morceau de peau de daim avant le lever du soleil.
    – Technique Romaine : porter un foie de chat ou de belette attaché au pied gauche, ses testicules dans un tube autour du nombril et une dent d’enfant autour de l’anus

 
Soulignons aussi les méthodes de Soranos d’Ephèse (1er siècle après JC) qui propose quelques alternatives pour les réfractaires à la phytothérapie contraceptive:

– La méthode calendaire :
«De même que toute saison n’est pas propre pour faire pousser les semailles, de même aussi tout mouvement n’est pas favorable à la semence projetée dans l’utérus par les rapprochements sexuels. […] Le meilleur [moment] pour la conception est celui de la cessation de l’écoulement menstruel, les femmes sont alors portées vers l’acte vénérien et le désirent.»

Le moins qu’on puisse dire c’est que celui qui est considéré comme le plus brillant gynécologue de l’antiquité s’est royalement planté dans ses calculs mais niveau contraception il était pile poil dedans !

– La méthode « Apnée-Atchoum »
« Durant l’acte sexuel, au moment critique du coït, quand l’homme est sur le point de décharger sa semence, la femme doit retenir son souffle et se mettre un peu en retrait. […] En se levant aussitôt et en s’accroupissant, elle devra provoquer chez elle un éternuement et s’essuyer avec soin le contour du vagin »


Pour vous messieurs c’est un peu plus simple : c’est capote et pis c’est tout !

L’usage du préservatif remonte en effet à plusieurs millénaires : une statuette égyptienne datant de plus de 6000 ans montre déjà un homme muni d’un « étui ».
Mais on ignore si le préservatif antique était vraiment utilisé comme moyen de contraception.
Il est probable qu’il ai plutôt servi à protéger le trois-pièces-cuisine des frottements divers (cheval, sport, combats…)

Quelques différences culturelles peuvent aussi être soulignées.
Si chez les Egyptiens, le préservatif est un tube de lin, trempé dans l’huile d’olive (on en retrouva sur des momies), chez les Romains, on préfère « le gant de venus » c’est à dire une panse ou une vessie de mouton.

 

Le Moyen-Age :
« On sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher »


On a fait du chemin depuis l’antiquité alors exit les plantes et autre remèdes DIY-Bio : au Moyen-Age on découvre que les principes actifs peuvent se cacher n’importe où et même si on n’a pas encore bien pigé comment ça marche c’est pas grave, on s’en donne à coeur joie !

Si vous aviez vécu(e)s à cette époque, vous auriez donc pu, au choix :

    Boire tout un tas de trucs :
    . du jus d’oignons
    . du jus de basilic mélangé à de la limaille de fer (on boit la limaille de fer ! je répète : on boit la limaille de fer, on se la met dans dans le…)
    . une petite décoction de testicules de castors macérés dans de l’alcool (plus pratique si vous viviez au Canada). La valeur contraceptive de cette méthode étant sans doute plus à attribuer au fait que vous finissiez totalement beurrée et donc peu encline à faire des galipettes qu’aux vertus de la couille de castor à proprement dit
    . deux mines d’eau dans laquelle les forgerons ont refroidi leurs pinces. A utiliser avec précaution : si vous en buviez 3 jours de suite vous deveniez définitivement stérile.

    – Manger du cérumen de mulet et/ou porter une ceinture de ses poils d’oreilles. (???)

    Cracher 3 fois dans la bouche d’une grenouille (à ne pas confondre avec « embrasser une grenouille » dans l’espoir de voir apparaitre le prince charmant, ce qui risquerait fort de vous donner des envies de bébés, or on n’était pas venu là pour ça à l’origine !)

    – Insérer tout un tas de petites choses sympas dans votre vagin :
    . une petite balle d’or et de cuivre de 60 grammes (fallait avoir un peu de pepettes; la méthode était réservée aux dames de la haute)
    . des coupelles en métal ou en verre (Vas-y mollo cheri si ca casse on est mal).
    . un coton trempé dans du jus de citron, du jus de poisson séché ou du mercure.
    . des pessaires en en liège ou en cuir.

    – Appliquer la méthode « Albert le Grand », évêque italien du 13eme siècle : « Si une femme porte autour du cou le doigt d’un fœtus mort, elle ne concevra pas tant qu’elle le portera. »

    ou enfin
    – Porter des testicules d’écureuil ou une patte de belette prélevées sur animal vivant en pendentif pendant le coït (ce qui n’est pas pire que la méthode Albert Le Grand finalement)


Si la contraception c’était pas votre truc, vous pouviez toujours tenter de faire baisser votre libido en buvant de l’urine de mouton (marche aussi avec du sang de lièvre) ou un petit bouillon veau / pourpier / laitue / poudre d’organes sexuels de taureau rouge (à hauteur du poids d’une couronne pas plus !).

Notons également, à toute fins utiles, que la capote en viscère animal est toujours d’usage.
(« Chérie, ça craint, on a utilisé la moitié du troupeau de chèvres ce mois-ci ! »)

 

Renaissance et Grand Siècle :
C’est pas encore ça

La médecine de la Renaissance n’est pas réputée pour son efficacité, personne ne sera donc étonné de trouver là encore quelques méthodes contraceptives à l’efficacité douteuse telles que :

– Donner ses menstrues à un chien, un porcelet ou un poisson.
ou
– Avoir un orgasme synchrone comme il est préconisé dans « les Trois livres appartenans aux infirmitez et maladies des femmes » du médecin Jean Liebaut : « Si la femme avec grande délectation et plaisir merveilleux a jeté sa semence avec celle du mari. Si la semence reçue n’est sortie tôt ni tard».

Pourtant, il semble bien qu’on commençait (un peu) à se rendre compte que tout ça n’était pas très efficace et qu’il fallait peut être chercher la solution ailleurs.

Ce sont donc ces messieurs qui sont mis à contribution :

– L’usage du préservatif est toujours en vigueur (sans mauvais jeu de mot)
On sait par exemple que Louis.XIV utilisait du caecum de mouton (l’équivalent de notre appendice), qu’il prenait soin de faire fourrer pour plus de confort, les nuits étant fraiches à Versailles comme tout le monde le sait.

préservatif en intestin de porc datant du 17eme siecle retrouvé en Suede pour illustrer l'article PCPL sur la contraception à travers les agesOn trouve également traces « d’étuis à pénis » en Asie : les chinois les fabriquaient en papier de soie huilée tandis que les japonnais utilisaient des écailles de tortue ou du cuir (c’est badass le japonnais)
ou encore dans les pays scandinaves où des fouilles ont permis d’exhumer un préservatif en intestin de porc datant du 17ème parfaitement conservé (c’est lui à droite – pour le voir en vrai, RdV au Tirolean County Museum en Autriche)

Ce magnifique petit objet fut retrouvé avec ses deux petits cordons d’attache et son petit manuel d’utilisation en latin s’il vous plait.
Manuel qui suggérait par ailleurs de faire préalablement tremper le préservatif dans du lait chaud pour éviter toute maladie (?)

Dès le 16eme siècle, on assiste aussi à une grande vague de toilettage de zizi à base de décoctions en tout genre ou de saumure (pour plus d’efficacité, nettoyer sa verge juste avant le coït) ou encore la pratique du « coïtus obstructus », qu’on appelle aujourd’hui « éjaculation rétrograde » c’est à dire une forte compression de l’urètre au moment de la décharge afin d’envoyer le sperme dans la vessie.

 

Le 19ème siècle :
« C’est la Révolution Industrielle ! »

Avec l’avènement des machines, la contraception mécanique se développe pour employer des matériaux plus usinés bien que ce soit encore un peu approximatif parfois.
preservatif en caoutchouc dont le brévet a été déposé par Cahrles Goodyear pour illustrer l'article PCPL sur la contraception
Il était assez fréquent, quand l’envie subite était trop forte et qu’on était pas préparée, d’improviser un petit diaphragme avec un dé à coudre par exemple…

Mais la vraie révolution arrive an 1839 et on la doit à Charles Goodyear (oui oui comme tes pneus Jean-Luc) : l’invention du préservatif en caoutchouc.
Un préservatif qu’il suffisait de laver après usage et de talquer pour pouvoir s’en resservir.

 

Le 20ème siècle:
« On est (presque) au point »

Les avancées technologiques, mécaniques, sanitaires sont indéniables à l’aube du 20ème siècle.

Pourtant durant la 1ère partie du siècle, on trouve référence à des pratiques de contraception pas complètement dénuées de sens mais un peu Too-Much quand même.

Au début du siècle, les hommes étaient encouragés à tremper leurs testicules dans un bain à 47° afin de tuer leurs petits soldats directement dans le baraquement pendant environ 6 mois.

On connait aujourd’hui l’impact de la chaleur sur la production de spermatoizoides (on se souvient du grand débat « slip ou caleçon », le slip favorisant l’échauffement des bourses et donc la baisse de la fécondité masculine), la méthode devait donc bel et bien être relativement efficace.

C’est également en 1924 que le Docteur Ogino, en étudiant la physiologie des cycles menstruels de la femme, met au point sa méthode de comptage des jours.
Même si on s’approche du but, l’erreur du Docteur Ogino fut de considérer que toutes les femmes étaient réglées sur la même horloge… du coup, y’a eu quelques ratés.

portrait de grégory goodwin pincus qui inventa la pilule contraceptive en 1956Et puis arriva ce jour béni du 8 mars 1956.
Dans son petit labo, beau comme un camion tout neuf dans sa blouse du parfait petit chimiste, le Docteur Gregory Goodwin Pincus met au point la pilule contraceptive.

Grâce à ce traitement hormonal qui bloque purement et simplement l’ovulation, Madame ne pond plus.
Et qui dit plus d’oeuf, dit plus de bébé !

A nous les galipettes sans penser au prénom du futur bébé à chaque orgasme.
La vie quoi…

Enfin sous réserve, bien sur, de supporter le traitement hormonal ce qui n’est pas le cas pour toute les femmes il faut le savoir.

Si vous comptiez parmi les malchanceuses, il vous restait alors les bonnes vieilles méthodes alternatives historiques qui avaient fait leurs preuves (préservatif, diaphragme…) ou les méthodes « modernes » comme les douches vaginales au Coca-Cola très en vogue dans les années 50/60 apparemment.


Vous avez déjà ouvert une bouteille de coca après l’avoir secouée ?
Je vous laisse imaginer comment ça devait vous décaper le frifri…

 



Source : « Avoir des enfants en France: désirs et réalités » de A.Régnier-Loilier.

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One comment

  1. Bernard Allaire

    Bonjour,
    Je suis historien. A ce sujet, j’ai trouvé une dénonciation dans un registre notarié de Bayonne de 1634-1635 à propos d’une femme qui obtient des poils de mule pour « éviter d’être engrossée ». (Archives dép. des Pyrénées Atlantiques, à Pau (en ligne) Notaire Pierre Harran, 3E-3619 à retrouver)

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